Alors ces vacances ?
On les raconte souvent comme une pause. Un moment léger. Une intermittence de vie.
Pour terminer mes lectures de vacances, j’ai lu « Le livre des vacances », de Jean Viard et Guénaëlle Gault.
Fondé sur une enquête auprès de 4 000 Français, ce livre n’est pas un rapport sur les destinations ou les budgets. C’est une histoire des vacances contemporaines depuis l’avènement des congés payés en 1936.
Passionnant. Notamment parce qu’il déconstruit bien des idées reçues.
Un seul chiffre : 86% des Français considèrent les vacances comme importantes dans leur vie. Près de 60% les jugent même très importantes.
Ce n’est pas rien.
Elles ne sont en fait ni une récompense après l’effort, ni un moment un peu futile entre deux périodes sérieuses.
Elles sont une conquête.
Une conquête du temps, d’abord.
Pendant longtemps, le temps a appartenu à Dieu. Puis il a appartenu au travail. Puis, grâce aux vacances, on s'est réapproprié le temps : un temps à soi où l’on redevient maître de sa vie.
Un luxe absolu, quand le quotidien nous dévore.
Les vacances, c’est aussi ce temps qui prend le temps.
de préparer,
d’attendre,
d’explorer,
de regarder
Le temps de vivre.
Puis celui de se souvenir et, déjà, de recommencer à désirer.
Dans une époque où le "présentisme" fait loi, elles constituent un futur désirable, une promesse tangible. L’un des rares horizons auxquels on croit encore.
Autre enseignement : les vacances reposent sur une trinité assez simple, mais très puissante : repos, partage, dépaysement.
Chacun compose sa propre formule. Mais, au fond, la recherche est souvent la même : sortir du rythme imposé, retrouver les siens, se déplacer pour se retrouver autrement.
Instagram a-t-il tout changé ?
Pas tant que ça, finalement.
Il n'a pas inventé leur récit. Cartes postales, carnets de voyage et autres soirées diapositives s’en chargeaient déjà. Ce qu’il a amplifié, c’est la comparaison. Et cette pression silencieuse à réussir de « bonnes vacances ». Comme si, même là, il fallait performer.
Les vacances sont un miroir.
Elles réfléchissent nos désirs, injonctions, inégalités, contradictions, frustrations et renoncements.
Elles racontent aussi une société dans laquelle posséder fait moins rêver, tandis qu'être ensemble, être ailleurs, être disponible, être vivant, redevient central.
Elles ne sont donc pas une pause mais une autre manière d’habiter le temps. Un art de vivre ?
Mais les auteurs ne s’arrêtent pas à cette idée.
Ils posent une question plus dérangeante : serons-nous de bons ancêtres ?
capables de transmettre non seulement ce droit, mais aussi un monde où partir aura encore un sens ?
Après cet été d’un nouveau genre, la question se pose.
Vraiment.
Le livre des vacances, Jean Viard et Guénaëlle Gault - Editions de l’Aube - Observatoire Huttopia des vacances











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